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Art-thérapie, le sujet et le deuil, une rencontre entre parenthèses.

Ophelia 1851-2 by Sir John Everett Millais, Bt 1829-1896
Ophelia par Sir John Everett Millais.

C’est le titre de mon mémoire de recherche.
J’ai travaillé sur l’espace d’art-thérapie pensé comme la métaphore du processus du deuil.

Pourquoi est ce que je peux penser l’espace d’art-thérapie comme la métaphore du processus du deuil ?
En situation de stage, j’ai pu constater que les résidents étaient concernés par le deuil, la vieillesse comprend de nombreux deuils à faire, les résidents pouvaient avoir à faire le deuil de leur vie de famille, de leur rôle dans le social ou même de leur mémoire…
De structure, le sujet humain est concerné par le deuil. Il est concerné par le deuil, parce que pour exister, il a dû accepter de renoncer à la complétude. Chacun vit cette expérience singulièrement et elle peut conduire à une certaine douleur d’exister.
Racamier, dans son ouvrage, le génie des origines, m’invite à penser le deuil comme accepter de perdre pour aller vers la découverte. Ainsi, le deuil originaire, inscrit un manque au cœur du sujet humain, ce manque s’éveillera dans chacune de ses relations.

Comment penser l’espace d’art-thérapie comme métaphore du processus du deuil ?
En séance d’art-thérapie éclairée par la psychanalyse, une relation se noue et se dénoue autour d’une invitation à créer un objet éphémère. L’art-thérapeute soutiendra le détachement de l’objet imbriqué dans sa conception, en un temps et un lieu entre parenthèses. L’art-thérapeute, propose un dispositif, le sujet est invité à créer ce qu’il aura imaginé, avec ses mots, ses images et ses représentations de l’instant. Le sujet investit l’objet et accepte de s’en séparer parce que ce mouvement est inclus dans la relation. C’est ainsi qu’il pourra entrapercevoir peu à peu, que l’objet investi en séance masque l’objet de son désir. C’est ainsi que se rejouera en séance l’acceptation de la perte et que cela donnera accès à de nouvelles découvertes. L’existence du sujet se passe ailleurs, dans un après à inventer.

Pour cela, il faut considérer que la fonction de l’art-thérapeute est marquée par le deuil, l’art-thérapeute devra travailler à accepter de renoncer.
Il aura à renoncer à toute valorisation de l’objet.
Il aura à renoncer à toute valorisation de lui-même, il devra séparer sa fonction de sa personne.
Il aura à faire le deuil d’un savoir pour l’autre.
Il devra penser à la fin de la relation art-thérapeutique.

 

Références :

RACAMIER Paul-Claude – Le génie des origines – Bibliothèque scientifique Payot – 1992.
ROYOL Jean-Pierre – Art-thérapie – Au fil de l’éphémère – Dorval Éditions 2013.

Interview avec Nathalie Bonnes-Perrot, art-thérapeute

EXTRAIT de l’interview de Rozalina Dotchava avec Nathalie Bonnes-Perrot, art-thérapeute.
Rozalina Dotchava : – J’aimerais revenir sur le statut de l’objet en art-thérapie: différent de celui de l’objet d’art, il se construit dans le transfert, il doit être le plus éphémère possible, ni conservé, ni exposé… ce dernier … pourquoi ?
Nathalie Bonnes : – L’objet en art-thérapie est un prétexte à la parole, à la relation transférentielle. Il vient inscrire cette relation dans un moment donné qui a peu de rapport avec la réalité. C’est un objet qui fait partie de l’intime du patient parce que justement il est créé dans un espace transférentiel, dans une relation particulière. Des choses s’y inscrivent et se disent de l’intime du patient. Des choses de l’ordre du fantasme, de l’ordre d’une « autre scène ». Pour ces raisons il est impossible d’exposer aux yeux de tous quelque chose qui fait partie de l’insu du patient, qui est sorti de son inconscient ou qui a permis l’ouverture de cet inconscient lors d’un instant rapide, fugace. Il y a des choses que l’on doit garder en mémoire sans être obligé de les avoir constamment sous les yeux, dans le sens où elles ne témoignent que d’une « vérité éphémère », envelopper d’un voile protecteur. Cet objet n’a rien à voir avec le « beau, l’esthétique, le pur ». Il a à voir plutôt avec le « pur réel », l’impensable, l’impossible à dire. Il ne doit pas devenir persécuteur en nous regardant constamment comme nous le regardons et comme d’autres nous voient le regarder et le regardent aussi. Cela deviendrait malsain il me semble et à l’inverse de ce que nous cherchons.

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Nathalie Bonnes-Perrot

Vous pouvez lire l’interview entière sur les liens suivants :

Partie 1

Partie 2